Se préparer à l’exercice clinique : perspective d’une technicienne en travail social sur l’expérience avant la pratique privée

Se préparer à l’exercice clinique : perspective d’une technicienne en travail social sur l’expérience avant la pratique privée

Pour Bianca Stefina, TTSI, devenir une technicienne en travail social inscrite n’a jamais consisté à suivre un simple parcours prédéterminé. Son cheminement fait état d’un engagement à apprendre par l’expérience, à s’adapter à la complexité et à former son jugement clinique directement en travaillant auprès des gens dans des situations réelles.

Aujourd’hui, Bianca est propriétaire d’un cabinet de groupe à Windsor (Ontario) qui se spécialise dans les traumatismes et les traumatismes complexes. Tout au long de sa carrière, elle a continué d’approfondir son expertise clinique en suivant une formation avancée sur des approches somatiques et tenant compte des traumatismes, façonnant ainsi une pratique ancrée dans une compréhension de la santé mentale et du comportement sans connotation pathologique. Son parcours en pratique privée a été intentionnel et, ce qui est plus important, il a été graduel. « J’ai toujours voulu travailler individuellement avec les gens et établir des liens avec les autres, explique Bianca. Je ne savais pas que c’était possible jusqu’à ce que je fasse la recherche. » Bianca souligne avoir bâti ses compétences et sa confiance dans la pratique privée au fil du temps par l’expérience pratique, l’exposition aux divers besoins de sa clientèle et l’apprentissage continu.

L’apprentissage par l’expérience

Avant de se lancer en pratique privée, Bianca a passé environ cinq ans à travailler dans des milieux communautaires où chacun de ces rôles a ajouté à sa compréhension des gens, des systèmes et des soins. Elle a commencé dans un établissement résidentiel offrant du soutien aux adultes qui faisaient face à de graves problèmes persistants de santé mentale, notamment la schizophrénie, le trouble bipolaire et la psychose. Cette expérience a remis ses hypothèses en question et l’a confrontée aux lacunes systémiques dans les soins et aux stigmates. « Ce travail m’a vraiment ouvert les yeux », explique Bianca, particulièrement sur la façon dont les gens sont traités et sur le fait qu’ il reste à encore beaucoup à comprendre de l’expérience vécue. Ce rôle en début de carrière a contribué à façonner sa vision des techniques de travail social : une démarche qui tient compte des traumatismes, sans connotation pathologique, et qui voit au-delà des étiquettes afin de mieux comprendre le contexte de vie d’une personne.

Bianca a ensuite travaillé en protection de l’enfance dans un foyer de groupe où elle accompagnait les jeunes pris en charge par un organisme de la Société d’aide à l’enfance. C’est là qu’elle a acquis une compréhension de l’attachement, des traumatismes développementaux et de l’importance des limites professionnelles. « Nous travaillions chez eux, nous faisions partie de leur vie quotidienne, se souvient Bianca. Cette expérience m’a appris à faire preuve d’équilibre entre l’empathie et de solides limites professionnelles. » Elle a également renforcé l’importance des soins fondés sur la relation qui sont à la fois empreints de compassion et ancrés dans les compétences cliniques.

Par la suite, Bianca a travaillé dans les domaines de l’éducation, des soins de relève et de la justice pour les jeunes. Dans ces divers rôles, elle a aidé des enfants, des jeunes et des familles à faire face à des problèmes de comportement tout en composant avec des facteurs systémiques complexes. C’est particulièrement au sein de la justice pour les jeunes qu’elle a commencé à prendre conscience des intersections entre les systèmes de santé mentale, d’éducation et de justice. « Vous commencez à percevoir des tendances, explique Bianca. Les traumatismes, l’environnement et les systèmes jouent tous un rôle dans la vie d’une personne. » Cette compréhension des systèmes continue de guider sa pratique encore aujourd’hui.

Bien se préparer à la pratique privée

Le fait que Bianca ait commencé sa carrière dans les milieux communautaires, de l’éducation et de la justice pour les jeunes a grandement contribué à former son jugement clinique et son identité professionnelle. « Je ne serais pas la praticienne que je suis aujourd’hui sans ce fondement », fait-elle remarquer. Des compétences que Bianca a acquises dans ces trois environnements, comme la gestion de cas, l’évaluation des risques et la collaboration interdisciplinaire, et qui se concrétisent directement dans la pratique privée. « Une heure de thérapie constitue seulement une heure dans la semaine d’un client, souligne-t-elle. Il est essentiel de comprendre le contexte élargi de la personne, notamment les soutiens qu’elle reçoit et le rôle des systèmes, si on veut offrir des soins efficaces. »

Bianca est d’avis que la préparation à l’exercice privé ne passe pas uniquement par l’acquisition de titres de compétences. Elle exige également une autoréflexion et un travail personnel constants. « Je travaillais sur moi-même, un travail pénible », raconte-t-elle, ce qui signifiait examiner ses préjugés, ses limites et ses habitudes, et comprendre que ces facteurs peuvent l’influencer lorsqu’elle travaille avec les clients.

Bianca insiste aussi sur l’importance d’avoir acquis des compétences cliniques clés, comme la conceptualisation de cas, la compétence culturelle et savoir comment intervenir face à des problèmes complexes comme la suicidalité. « Nous travaillons avec toutes les dimensions de la personne, explique-t-elle. Nous devons comprendre comment les traumatismes se manifestent afin d’éviter de la traumatiser de nouveau. » Sa formation continue sur les approches somatiques et tenant compte des traumatismes favorise sa capacité à comprendre comment les expériences sont imprégnées dans le corps tout autant que dans l’esprit.

La supervision et le mentorat ont également joué un rôle central tout au long de la carrière de Bianca. Elle soutient que ce type d’encadrement ainsi que les consultations entre pairs et le perfectionnement professionnel continu constituent des soutiens déterminants qui lui permettent d’exercer sa profession efficacement en pratique privée. « Je n’avais pas besoin d’être une spécialiste dans tous les domaines, mais je devais savoir où m’adresser pour bien m’orienter. »

L’utilité d’une optique axée sur les techniques de travail social

Bianca est d’avis que des antécédents en techniques de travail social ajoutent un important éclairage à la pratique privée. « Notre formation nous enseigne à tenir compte de l’intégralité de la personne », indique Bianca, faisant ressortir l’importance de comprendre les expériences intérieures tout comme l’ensemble des contextes de la personne, tant social, économique que culturel. Elle fait remarquer que ce que l’on qualifie souvent de « symptômes » peut s’avérer des réactions compréhensibles à des circonstances de vie difficiles. Une telle perspective vient appuyer une approche plus valorisante qui tient compte des traumatismes et qui est axée sur la prise de conscience, la régulation du système nerveux et les changements significatifs.

Repenser le scénario

Bianca encourage les personnes qui considèrent exercer leur profession en pratique privée à prendre le temps de consolider leur expérience. « J’y réfléchirais à deux fois avant de me lancer en pratique privée directement à la fin de mes études. Il s’agit d’une énorme responsabilité, particulièrement lorsqu’on travaille avec des clients vulnérables qui ont besoin d’aide pour la première fois. Cette expérience peut influencer la possibilité qu’ils cherchent à obtenir de l’aide à nouveau. » Bianca attire également l’attention sur des considérations pratiques de l’exercice privé, entre autres la stabilité financière, les responsabilités administratives et le besoin de générer un volume de travail stable. « Une croissance lente est viable, explique-t-elle. Si vous commencez à temps partiel, votre pratique pourrait croître sans que vous ayez à travailler sous pression ou risquiez de manquer de travail ».

Un cheminement, et non un raccourci

L’histoire de Bianca démontre qu’il y a plus d’un parcours pour exercer sa profession de façon compétente et éthique. Ce qui est important est le degré de préparation auquel on parvient par l’expérience, la réflexion et l’apprentissage continu.

« C’est tout à fait réalisable, assure-t-elle. Il vous suffit d’avoir les bonnes ressources et de procéder une étape à la fois ». La préparation à la pratique privée s’acquiert au fil du temps grâce à des expériences variées et à un engagement envers des soins sécuritaires, efficaces et empreints de compassion.


Bianca Stefina est une technicienne en travail social inscrite (TTSI) et une éducatrice spécialisée auprès des enfants et des jeunes (CYCP) qui est titulaire d’un baccalauréat ès arts en psychologie de l’enfant (BA), d’un certificat de spécialiste en traumatologie clinique (CCTS-A) et d’un certificat d’intégration des mouvements oculaires multicanaux de niveau I (CMEMIP-1). Elle a également suivi une formation de thérapie somatique de niveau I, 2 et 3, elle est une spécialiste du soutien aux traumatismes et une accompagnatrice en traumatologie et résilience. Pour de plus amples renseignements sur Bianca, veuillez visiter son site Web (en anglais).

L’Ordre remercie Bianca d’avoir participé à cette discussion et de nous avoir fait part de ses expériences. En guise de remerciement, l’Ordre a remis un don à RE/ACT Windsor-Essex – We Flourish Recovery.